Je ne dirais plus jamais ‘Je T’aime » … mais « Je Te Valide »

Quelle pathétique condition
que le sentiment amoureux. Vraiment.

« Amoureux »
et non « amour » au sens premier du terme, celui que l’on partage
pour sa famille, ses amis, un Bernard Lhermitte que sais-je. L’amour qui se
mélange à se confondre à tous les autres sentiments congénères (et j’insiste
sur l’aspect péjoratif du terme) : amitié, haine, passion, désir…

Force est de
constater que les années ont eu raison de mes convictions les plus intimes et
ma vision de l’amour en général, moi, soldat de la première heure du premier régiment d'infanterie, dans la croisade contre les désillusions amoureuses.

A force de
rester en couple aussi longtemps, on fini par vivre en autarcie, avec autant de
recul sur soi et sur son couple qu’un cheval de trot, qui ne voit pas plus loin
que ses œillères. Nous sommes tous des Natascha Kampusch en devenir, et l’on
fini par développer un syndrome de Stockholm avec celui ou celle qui nous a
ravis notre cœur.

Au fur et à
mesure que le roc imperturbable des sentiments partagés s’effrite, ma vision de
l’horizon n'est plus digne de Marie Ingals,  ma vue ayant surement été occultée pendant toutes ces années par cette montagne de projets, érigée sur  un sol nourri d'illusions et de bons sentiments. L’amour s’est industrialisé, formaté, une sorte de chimère issue des
entrailles du Taylorisme et de Femme Actuelle.

Puis un
jour, tu te retrouve sur une page Doctissimo qui t’es dédié, ou on y dépeint ta
vie et dresse un portait de toi auprès de parfaits inconnus comme un
« pervers manipulateur narcissique ». Un peu perplexe, j’ai essayé
dans un premier temps de vérifier dans le dictionnaire à « homme de ma
vie » s’il s’agissait d’un synonyme, mais en fait non, il s’agissait bien
d’un terme à part entière. Moi qui pensais qu’il n’y avait que sur mon blog ou
je pouvais faire une thérapie pour pas un rond, j’avais complètement oublié les
bienfaits des supputations invectives de cyber psychologues ayant obtenu leur
accréditation entre deux émissions de « Ca se discute ».

Toujours au
bout de tes surprises, tu apprends également que tes faits et dires sont épiés, puis
analysés avec la pertinence critique d’un autiste, pour ensuite subir les procès
d’un juge qui aurait du être sur le banc des accusés. J’ai du perdre au jeu des
chaises musicales…

Ou encore
mieux, les conjectures d’ex, d’amis à péremption imminente, ou encore les
verges à retardement (I see you Seb), qui tels les romains en leur temps, par
leurs conseils relevant de la prose horoscopique des quotidiens gratuits,
brandissent le pouce vers les enfers en se délectant du cirque qu’est devenu
notre amour, jeté aux lions comme on jette un vulgaire fœtus au chat après un
avortement au cintre rouillé. Même « l’Espagnol » aurait fait figure
de Samira Bellil dans une telle situation.

L'amertume est le salaire de la clairvoyance...Comment
peut-on en arriver là ? (ND2FK : pour rester poli. Ca va pas durer)

Cartésien
devant l’éternel, je ne m’étais jamais penché sur la question, de cette
condition qui peut changer une personne du jour au lendemain, qui peut lui faire
gravir des sommets, ou l’enfoncer dans les abysses de la dépression nerveuse.
Celle qui peut te transformer en Verlaine à l’anus intact (enfin ca dépend de
ton orientation sexuel) à te lancer dans des vers enflammés. Ou te faire devenir
un Bertrand Cantat lyrical capable des pires violences verbales, qui par sa prose
assassine vient ecchymoser des cœurs qui ne s’en remettront plus jamais. En
amour repasser du papillon à l’état de larve n’est alors plus une aberration.

Je n’y ai
jamais porté attention, pourtant d’un esprit assez empirique, l’amour faisait
office pour moi de vérité absolue, indescriptible et indéniable, comme dans
toute sec…religion pardon. Mais quel est cet ingrédient qui rendrait jaloux l'inventeur de la sauce secrète du Big Mac ?

La passion...

Ce sentiment
qui se présente comme une allitération jumelle du venin qui comme l’arsenic
peut éradiquer les pires maux en métastase dans un couple, cristallisé sous la
forme du pardon ; ou alors te tuer à petit feu, cette sensation à la fois grisante
et déconcertante, qui te brule de l’intérieur et qui fait ressurgir tes plus
bas instincts, le plus souvent en revêtant la robe de dame jalousie.

Dans les
deux cas, elle fait souffrir à en vouloir mettre un terme. Dans la douleur tu
te mets à développer une certaine spiritualité païenne pour Kronos. Même
lorsque le glas a sonné, on se surprend à vouloir hurler « faites que ca
s’arrête », emporté par une rivière lacrymale, qui se finira dans une mer
d’incompréhension, où se noierons les derniers espoirs et ou notre flamme
rendra son dernier souffle. T’as qu’une seule envie c’est que ton crane se
retrouve entre une vague et un rocher, et t’enivrer des endorphines libérées
pour compenser l’hémorragie interne.

La torpeur
du foyer vestige de cette flamme appartenant au passé, fera évaporer les
quelques goutes de larmes en condensation sur une poitrine gelé par un cœur boréal,
en un nuage qui au file des averses, estompera l’encre sur les pages du livre notre
histoire, tel du mascara sur les joues d’une femme en pleurs.

C’est elle qui
pousse deux personnes à se déchirer et à se détruire malgré tout l’amour qu’ils
ont l’un pour l’autre. Elle amplifie tout, le moindre mensonge, le plus petit geste
déplacé est mal interprété dans cette optique de perdre cette drogue qui relègue
le crack au rang de simple morceau de gros sel.

Comme pour
ce diamant narcotique, tu passeras ta vie à essayer de retrouver la même
sensation que tu as goutée au premier trip, et cette situation finira par t’anéantir
et te rendre aussi amer qu’une couille sale.
Condamné à errer comme un perdu, aveugler par l’éclat de souvenirs
sanctifiés, et dont chaque grain du sablier viennent augmenter le poids de
cette douleur qui te retient au sol.

Tu deviendras
alors le Némésis de Midas, nécrosant du bout de tes doigts tes dernières chances
de retrouver le bonheur à nouveau, effrayé mais étrangement enorgueilli par ce
nouveau pouvoir, comme un enfant qui prend plaisir à torturer son animal de
compagnie, le manichéisme devient un concept flou et désué.

Serais-je
alors un pervers manipulateur narcissique ou le suis-je devenu par la force des
choses ? Suis-je condamné à faire souffrir les gens que j’aime, fort d’un
esprit calculateur à l’humilité atrophiée ?

L’âme sœur…
j’y ai cru. Tellement fort que je clamer à qui voulait bien l’entendre (mais
aussi aux autres) que « l’âme sœur c’est ta meilleure amie que t’as envie
de baiser ». Le penserai-je encore ? Rien est moins sur à mesure que
ce que je pensais n’être qu’un bon mot de plus de ma part s’est avéré être d’une
véracité affligeante : « l’âme sœur n’existe pas, y’a juste une
cousine à peu près potable ».

J’ai
l’intime conviction, et personne ne pourra m’en faire démordre, que la grande
majorité des couples qui tiennent encore la route ont une relation basé sur un
amour « de raison ». Un amour standard, capable de durer sur le long
terme…

C’est ce que
j’appel « l’Amour livret A », un placement sans risque qui rapporte
un petit peu chaque année, avec un plafond maximum qu’on ne peut dépasser, et abondé
de critères de sélection basé sur le « pas trop mais juste ce qu’il faut ». Le terme de "bon parti" fait alors écho dans vos esprits...

On peut le
reconnaitre dans l’utilisation d’adjectifs positivement neutre. Derrière cet
oxymore incongru (et ce pléonasme du coup) se cache une réalité sociologique et
linguistique qui parle d’elle-même, notamment à travers la description de sa
relation amoureuse.

« je me
sens bien avec lui »

« c’est
un mec bien »

« il
est gentil »

« il
est attentionné »

« c’est
bon mari »

L’adjonction
du terme « un peu » aux traits moins glorifiant de la personnalité
dans le but de le rendre attachantest
aussi un des symptômes de cette aveuglement émotionnel :

« il
est un peu jaloux, hihi »

« il
est assez romantique » etc

Certains se
reconnaitront dans cette description - assez simpliste, je vous l’accorde -, d’autres
auront vomis devant sur le clavier… les souvenirs qui remontent surement…

Pour moi, le
véritable Amour, c’est l’amour trader, le flambeur, le fast-life, l’amour
« Bernard Madoff », l’amour à haut risque comme se balader le cul à l’air
dans le Marais, avec un chausse pied dans une main et de la végétaline dans l’autre.

Je me fiche que tu sois une attardée finie
digne d’un croisement entre un père issus d’un mariage consanguin et d’une
pantoufle trouée, que tu ne ries pas mes blagues vu que tu n’as pas eu le temps
d’apprendre notre langue depuis ton achat aux philippines, que ma fiche de paie
soit la timpe de la tienne tellement tu touche plus que moi, que mes amis te
détestent et que je déteste les tiens : on ne sait ce qu’on cherche chez
une femme que lorsque l’on a trouvée.

Je veux
t’aimer de tout mon être, me consumer tout entier à vouloir te prouver que
personne au monde ne pourra te chérir autant que moi.

Je ne veux
pas que tu te sentes bien avec moi, je veux que tu sentes mieux que toutes les
femmes du monde, que tu fasse rager toutes tes copines quand elle nous voient
ensemble.

J’ai pas
envie d’être un bon mari, je veux être un bon coup, être en retard au boulot parce
que je suis du matin et que t’es tellement belle quand tu te réveille, laisser
en plan tous nos amis au restaurant pour glisser ma tète entre tes cuisses pour
te faire jouir au détour de la première porte cochère.

Chuis pas un
« petit peu jaloux », chuis un bête sauvage, prêt à faire un crumble
aux fruits rouges de la tête de celui qui a essayer de t’embrasser à m’en péter
les phalanges ; de l’émasculer, lui arracher la queue avec du papier de
verre, de faire de lui une femme, de lui
exciser le reste et de le violer avec sa propre bite.

Chuis pas un
mec bien, loin de là, et c’est pour ca que tu m’aime, parce que t’as envie de
me changer, me rendre meilleur, et moi j’ai qu’une seule envie c’est d’être ta masse d'argile et que tu me modèle, comme un prêtre malaxe un enfant de chœur après
le catéchisme. On est plus intrigué par le pur sang sauvage que par un poney.

Car dans la
noirceur de mon âme tu y vois l’encre de la plume qui va rédiger notre
histoire.

Non.

Le grand
amour c’est celui qui se termine précipitamment. Et le « happy end »
reçoit rarement le carton d’invitation au pot de départ.

En effet, on
dit souvent que les opposés s’attirent. Certes… mais on oublie de rappeler que
les opposés sont et resteront opposés, c’est dans la nature des choses, deux
opposés peuvent coexister, mais ne peuvent se mélanger. Les amours fusionnels
résultent d’une volonté commune de relever ce défi. C’est le propre même de
l’homme ; le plus excitant dans la course, ce n’est pas la ligne d’arrivée
mais la foulée.

L’Homme tendra
toujours vers l’inconnu ou vers l’impossible, et son but atteint, il se lassera
de ce statut quo, et se dirigera vers le prochain défi. Pour certains, c’est
les étapes du package (appart, mariage, bébé), pour les autres c’est aller
encore plus haut ou le cas échéant, vers d’autres horizons… Le conflit est
toujours à l’affut, caché derrière un buisson attendant la moindre occasion de
surgir, tel un pédophile la bite à la main le jour de la rentrée des classes.
Le grand amour c’est du plutonium enrichi, qui peut t’allumer tout un
continent, ou t’exploser la gueule comme Chris Brown.

Instant JCVD :
« live life to the fullest », ma conception de la vie. Enfin l’ancienne
tout du moins. Comme pour une soirée beuverie, la perspective de finir la tête
retournée, s’abandonner à l’ivresse des sens et flirter avec le coma éthylique,
nombreux diront comme moi que c’est le seul intérêt de ce hobby spiritueux. C’est
bien connu, dans la vie les meilleures choses sont celles qui sont dangereuses pour
nous même.

Non (bis).

Comme dirait
un monarque rehaussé à Rolex : « J’ai changé, Arlette
Chabot ».

Nous nous
sommes aimés certes, mais jamais réellement validés. Et il n’existe pas de
validation, seulement des preuves de validité.

Je n’aimerais
plus. Je n’ai plus l’envie, je n’ai plus la force : je suis trop intelligent
pour vivre heureux, et trop con pour vivre à deux.

Je dédis ce billet à Louis, Manou, Elo'
et à tous les Icare de l’amour.



Soul Music Breast fed / Hip Hop Powered / Manga Addicted / Punchline Excited. Le Schumacher de la bonne formule, et père fondateur de la New Beat Generation

4 Commentaires

  1. Meriem dit:

    T'es drôlement impressionnant tout nu, mais arrêtes de pleurer Madeleine. Si tu es trop intelligent pour vivre heureux alors deviens assez idiot pour vivre heureux avec une cousine, ou bien encore suicide toi, chiche de poser la tête entre la vague et le rocher ?

    Répondre
  2. Triice dit:

    IL y'a des moments comme ça où tu arrives à sublimer ta plume, ta verve. Ce texte est l'un de tes plus beaux parce que l'un des plus vrais. L'un des plus violents aussi. Heureusement. Passion sans violence, c'est comme une masturbation sans ejac... Ca laisse un goût d'inachevé. J'aurais eu ma casquette je l'aurais mise bas histoire de te saluer. Comme tu es mon âme soeur incestueuse, je n'aurais pas à le faire. J'adhère.

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  3. Magnus dit:

    Cet esprit rebelle, ce fiel et ce rejet de l'amour si brutal et vache, fait avec cette prose si verte, imagée et authentique, digne d'un 2FK dans sa splendeur.

    C'est très bien écrit, ça va jusque dans les profondeurs de la réflexion et de l'expérience, disséminant ça et là quelques allégories dont tu as le secret.

    J'adhère au style, je valide la forme et l'écrit. Totalement même. Mais je ne peux que m'opposer au raisonnement et au final. Mais je ne vais pas faire la réponse de l'idiot (pourtant la plus difficile à retoquer je pense), ni du romantique (qui virera à coup sûr à la polémique), ni du rêveur (pour une branlée de cerveaux dont ni toi ni moi n'avons envie). Je passe sur l'esthète qui est en émoi devant ton texte, sur le narcisse qui a une conception très spécial de l'amour et du téméraire qui n'apprécie l'amour que s'il est synonyme de danger. Mais je te donne la réponse du cynique : si la nature t'as burné, ce n'est pas pour de fallacieuses raisons ésotériques, mais pour que tu enfants et perpétues l'espèce. Le reste, ce n'est que des considérations existentielles très égoïstes. Le bonheur n'existe pas, et l'humain se berce de douces illusions sur son existentialisme et sa condition car il est bien trop bête pour réaliser ce que dont même le vulgaire cancrelat a conscience : tu ne vis pas pour assurer TON bonheur, ton opulence ou la joie de tes montées de testostérone, mais pour construire un avenir meilleur que ton quotidien à ta future progéniture. Et ça, la plupart des humains l'ont totalement oublié. Rousseau avait raison, on serait bien plus heureux à vivre seuls tels des renards sans queue coupés du monde. Ne manquerait plus qu'on soit capable de se reproduire comme des protozoaires en copulant avec nous-mêmes, et le bonheur de l'Humanité serait garanti. Bon allez, les ermites, on sort de vos coquilles et on révise Darwin. Plutôt que de ruminer sur une condition présente contre laquelle, comme dirait Oscar Wilde, on ne peut grand chose, si ce n'est perdre notre temps et perdre toute l'énergie qu'on devrait consacrer à construire notre futur.

    Evidemment, comme tu te le doutes, tout ça en bonne amitié. Aucune rancoeur de ma part. Juste l'envie de te secouer 😉

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  4. Klara dit:

    magnifique écriture, tu vas au fond du sujet, c'est superbe ! humm... mais je ne suis pas de ton avis quand au fait de ne plus pouvoir aimer après une experience malheureuse ... il faut oublier et ouvrir son coeur ... que sera ta vie sans amour ? mais je rejoins Magnus dans ses idées.

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