Vertigo

Je comprends pas. Toutes les conditions sont remplies pourtant. La ville a revêtu sa burkha pour une dizaine d’heures,  la solitude et l’insomnie ont rejoint ma couche pour s’atteler ce notre ménage à trois liturgique, une lubie auditive trouvée sur Deezer en guise de bande originale pour nos préliminaires, un cerveau engourdi par une journée monotone et insolemment pauvre en projets constructifs,  et cet écho qui a hanté les méandres de ma pensée : ce soir, j’écris.

Tout est là.

Pourquoi n’y arrive je pas ?

Ma dernière tentative n’était qu’un tour d’échauffe, un pré quel masturbatoire en préparation d’un rendez vous galant avec l’ecriture. Les plus assidus (pour ne pas dire masochistes) d’entre vous, l’ont ressentit et l’ont remarqué à bien des égards. Tant mieux. L’onanisme assumé de mon dernier article s’en est reflété dans toutes ses caractéristiques: les figures de styles en pagaille en guise d’aphrodisiaque, le rythme saccadé de la prose, et la reprise de mes esprits à la fin de l’article, le tout en moins de cinq minutes.

La finalité n’était que le processus en soit.  Wordpress est mon YouPorn cognitif.

Cependant, un peu comme un après un repas chez Ronald, aussi tôt sustenté mon appétit est revenu au gâlot, plus intense, doublé d’un sentiment de dégoût et d’insatisfaction. Un sentiment doux amer  à travers de la gorge, sorte arrière goût d’éjaculat de bisounours.

Mais à quoi bon me fourvoyer dans le développement d’un texte alors que l’envie est absente. D’ailleurs, par passage on pouvait y souligner les germes d’un doute certain. En bon alcoolique, je n’ai que faire de l’allégorie du verre à moitié vide, tant que les glacons ne viennent s’échouer sur le fond de ma choppe. Je me contente d’un article partiellement satisfaisant qu'un article décevant.

Il n'y a pas forcément ou peu de structure autour de mes textes. Il me plait de me laisser aller au grès de clavier et saupoudrer cette chapelure lexicale entre deux balises html, pour satisfaire l’écrivain qui hiberne en moi. Ouvrez grand la bouche et faite « ah », c’est l’heure de votre bukkake prosodique.

Cependant mes envolées lyriques m’ont emporté vers le soleil, pour finir comme icare sur le carreau, le teint halé et une plume dans le cul : Ibiza, me voilà. Mais malgré la biafine et la crème hémoroidale, les doutes sont toujours encrés en moi ,  comme le goût du scrotum du prêtre devant qui on s'est agenouillé pour la première fois. A chacun ses madeleines de Proust, aussi velues soient elles...

Pourquoi n’y arrive je plus ?

Bloguer plus qu’un art, c’est un sport. Oui l’art et le sport sont ce qui nous sépare de l’animal, et plus encore, du reste du commun des mortels. Transcender l’inné par un  eugénisme intellectuel et physique et atteindre le meilleur de soi même. Mais le dépasser m’effraye. La peur de réussir, latente en moi, est devenu paradoxalement un moteur dans ma vie. Car oui, elle rassemble tout ce qui a de plus cartésien en moi, ma raison, ma didactique académique, mon empirisme napoléonien, tristique d’une cavalerie apocalyptique annonciateur de la chute d'un royaume bâti sur les rêves, l’espoir et l’optimisme.

Qu’est ce qui me manque ?

J’ai tout, c’est ca le problème. C’est de mes blessures que coulait l’encre de ma plume et de mes cendres qu’était fait mon crayon à dessin. Les tortures philosophiques de mes insomnies, les images qui s’accumulent dans mon cerveau comme dans un train en Inde…  tout ca a besoin d’être couché sur papier.  Le véritable génie, au sens premier du terme, c'est-à-dire la capacité de créer et de produire, est soumis à cette règle universelle : tout née du chaos.  Le big bang a crée l’univers, la putréfaction engendre les corps organique. On ne peut créer ce qui existe déjà. Ergo, je ne peux exorciser ce qui ne me hante pas. Un artiste est un écorché vif.

Paradoxalement, c’est mon blog qui m’a aidé à cicatriser.

Comment faire alors… Je ne suis pas masochiste au point de me créer, voir m’inventer des problèmes dans le seul but de courtiser Polymnie, qui ne se contente plus de vulgaire doigté occasionnel: la dame et gourmande et possessive. Seule solution : trouver un ennemi  plus fort que moi, me prendre une branlée, ressentir la douleur et saigner à nouveau. Une équimose en guise de buvard, tel est le tribut à honnorer.

« Regarde moi dans les yeux ta force est ma faiblesse »

Alors je navigue sur la blogosphère à la recherche de l’inspiration, de mon nemesis, du moins, du texte qui me prendra au corps et me fera regretter le jour où j’ai acheté mon nom de domaine.

Constat effarant: je blogue mieux qu’toi.

Oui l’égo est bon, l’égo est important, l'égo est puissant ! Ce sentiment de supériorité lorsqu’il est bien utilisé, est létal.  La méthode Coué l'a prouvé par le passé: je sais que je suis le meilleur, donc je ne peux que sortir le meilleur de moi. Quelque soit l’écart entre ce que je pense et ce qui en ressort, le produit ne peut être qu’amélioré.

Ma manière d’écrire, je la conçois comme un combat de boxe. Quand je monte sur le ring, il n’y a pas de place pour les faibles. Tu es mon adversaire, au-delà de ta défaite, ma propre victoire est mon plus grand souhait. Je vais t’enchainer d’une imagerie tellement poussée que ta compréhension est incapable de gérer, tu en tituberas abasourdi par cette prose qui dépasse ton entendement. Après t’avoir cloué au sol avec ma rhétorique, je viendrais t’infliger un K.O technique avec des punch lines dont seul moi ait le secret, et t’achever d'une fatalité par mon écriture à deux niveaux.

Néanmoins, l’écorché vif qui constitue l’essence de ma créativité demeure et sera toujours l’objet de ma convoitise. Pour le courtiser, il m’a fallut céder et devenir la marionnette de mes complexes. Ce sentiment d’insécurité est un mal nécessaire. Il permet de maintenir l’équilibre, et de ne pas laisser mon égo prendre le pas sur ma personnalité.

Un recul nécessaire à la remise en question perpétuelle, qui nous permet d’évoluer. Je suis le meilleur, certes, mais combien de temps cela va-t-il durer ? Que dois-je faire pour le rester ?

N’allez pas croire que je suis blasé de tout. Bien au contraire, je m’émerveille d’un rien. Ce qui m’attriste cependant, c’est la propension des choses capables de m’émoustiller à se raréfier.

Tel est mon problème aujourd’hui. Notre problème à ceux qui se reconnaissent en ce que j’aime à nommer la « New Beat Generation », en référence au courant littéraire des années 60 qui m’a réconcilié avec la lecture, rempli mon encrier, et satisfait la libido élitiste de ma bibliothèque que je croyais destinée à finir vielle fille.

Notre société nous a rendu des consommateurs boulimiques, et cette appétence à dépassé aujourd’hui les limites de l’artefact, pour venir envahir nos sentiments et relations interpersonnelles.

Paradoxalement, je ne peux qu'être rassurer par le simple constat du retour à des valeurs essentielles. On a de moins en moins d’amis, mais les moments que l’ont partage avec eux sont inversement proportionnels, et plus précieux.  Aujourd’hui, j’ai en une femme plus que je n’ai pu cueillir auprès de l'ensemble de celles que j'ai rencontrées: la complexité de sa féminité, sa finesse et les différentes facettes qui la composent en font un diamant qui ne peut que briller à mes yeux. Je vois des potes partir à l’aventure, à la recherche de territoires sauvages, vierges, ou tout simplement d’une autre manière de vivre, plus rudimentaire certes mais plus vraie. Pour preuve le succès d’Avatar qui n’est pas du à sa révolution technique, mais à son ode à mère nature qui est arrivé à point nommé, c’est ce que le public recherchait sans vraiment le savoir.

L’avant-gardisme d’Herta est déroutant, surtout lorsqu’on connait mon opérateur religieux.

Aujourd’hui la jeunesse est au cœur des grandes prérogatives et mouvements qu’ont amorcé nos aïeuls 50 ans avant nous : la légalisation du cannabis et des drogues douces, le renforcement de la conscience écologiques dans les esprits qui a réussi à atteindre les plus hautes strates de nos gouvernements, la lutte contre la censure et pour la liberté d’expression dont on voit la résultante par l’alter communication d’internet (et plus récemment wikileaks),  et la libération des mœurs qui est extrêmement palpable chez la prochaine génération, celle de la moitié des années 90 à nos jours, dont les albums photos sur Facebook ferait pâlir d’envie les plus grosses ventes de Penthouse il y’a 10 ans.

Comme mes (grands, par le nom et l’envergure) pères spirituels en leur temps, je m’adonne à l’expérimentation littéraire. Mon auteur préféré Burroughs lui aussi a par le passé abordé des délires psychédéliques dans ses œuvres, mélangeant sexualité débridée, obscénité et humour noir le tout enveloppé de surréalisme. Inventeur de la technique du Cut (consistant à constituer des textes à partir de bribes d’articles, de lettres et de nouvelles, et regroupés de manière logique), je ne peux que m’y retrouver dans ma tendance à copier coller des parties des différents travaux sur lesquels je travaille, et de les organiser sous Word, et ce de manière quasi inconsciente.

Au-delà de l’écriture et des thèmes, ce courant de pensée allait de pair avec le mouvement du Jazz, dont l’une des principales caractéristiques est la part belle réservée à l’improvisation. Aujourd’hui c’est le rap qui m’accompagne. Mais le rap est apparu pour la première fois dans le Jazz ! A présent, on retrouve toujours cette part d’improvisation dans la culture du freestyle, qui est l’essence même du genre musical que nous connaissons aujourd’hui. Qu’importent les digressions, mes articles sont des exercices de styles, j’improvise sur le bloc-notes comme un rappeur qui prend le micro.  Je veux transcender la syntaxe, et vous faire lire la musicalité de ma prose. Le hochement de tête résultant du parcours de tes yeux le long de ces lignes est semblable au tic que tout amateur de Hip hop effectue inconsciemment en transe à l’écoute d’un beat mortel, ou de lyrics assassines.

C’est peut être ce qui fait notre force après tout. L’éclectisme d’un bagage culturel que seul la France a pu m’offrir. Car oui j’aime ce pays qui au-delà d’un melting pot culturel, est devenu un véritable carrefour des civilisations. Mon bastion, mon inspiration, mon patrimoine c’est ma ville.

Prend une éponge, fout là dans un bain ou se mêlent 120 ethnies, et voilà ce que t’obtient. Le résultat ? Un gaillard d’1m92, éduqué avec les valeurs en béton armée d’une famille arabe, nourri au poulet braisé, passionné par la renaissance italienne, inspiré par la discographie des Stylistics, et qui dessine des mangas en siwotant un verre de damoiseau. Ma prose, c'est bénéton avec une plume: l’humour juif  subtile mélange d’observation et de sarcasme; le décalage de l’humour belge qui a forgé mon enfance au travers de bandes dessinés, quémandés à mes parents tous les samedis après midi pendant les courses ; la finesse de la verve africaine et ses expressions extrêmement imagée et incroyablement percutante ;  et la souplesse de la langue anglaise dépréciée à tord pour sa frugalité, mais dont la modularité n’a d’égale que sa complexité et l’incapacité de retranscrire certains mots dans notre langue.

Cette langue française. Celle que j’aime par-dessous tout, pour qui j’ai tout abandonné pour l’épouser, et en faire ma langue maternelle. A la fois élastique et d’une richesse sans bornes, c’est elle qui ma offert un défouloir au détour d’une rédaction en primaire.

Qu’on le veuille ou non, je ne peux pas prétendre d’avoir eu le même bagage que d’autres enfants ayant eu le hasard de tomber dans des quartiers privilégiés (au sens premier du terme). N’y voyez aucune jalousie cachée, ou libelle marxiste sur la lutte des classes et l’inégalité. Mais c’est sans aucun complexe ni prétention que je suis fier de vous dire que je peux discuter à armes égales, voir les surpasser militairement, avec des personnes issues des plus grandes écoles.

Seule ma curiosité et l’envie de ne pas suivre le reste du troupeau m’a poussé à m’intéresser à l’exploration d’autres horizons. J’ai l’intime conviction que l’amour de la lecture et l’impact d’un roman ou d’un pamphlet sur un esprit, est profondément lié à la capacité du lecteur à se projeter, voir s’identifier dans l’œuvre. Lire les diatribes hypocritement humanitaires et laïcs des Lumières, ne m’ont jamais vraiment intéressé, que ce soit au collège au lycée. Cependant, lire l’« Essai sur les Mœurs et l'esprit des Nations » de Voltaire, œuvre antisémite et xénophobe devant l’éternel, m’a permis de réaliser dès mon adolescence que les bienpensants d’hier et d’aujourd’hui ne sont que les pantins du dictat de la communication. Nan désolé, l’éducation nationale  est à la culture ce qu’est le maréchal Pétain à la France : on sait, mais on ne dit rien. C’est seulement à la fac que j’ai eu l’occasion de mettre en perspective la complexité de l’auteur avec son œuvre. Merci. Vraiment.

Dès lors, j’ai souhaité conservé ma pensée en dehors du cadre et laisser mes paroles flirter avec les courbes du borderline. Mes références sont la culture hip hop, la violence lyrique d’Orange mécanique,  la grammaire meurtrière d’un Booba, la richesse narrative d’un chapitre de « One Piece », la fraicheur du cinéma Koréen, l’irrévérence d’un Pti Spirou,  et le potentiel révolutionnaire de Photoshop dans l’art tel que nous le connaissions.

On arrive avec un truc nouveau, un truc frais concocté dans un vieux pot, avec des ingrédients qui ont fait recettes, des styles d’écritures antithétique, des opinions convergentes, des mecs et des meufs issues d’une jeunesse  élevée pour échouer, mais  destinée à créer la surprise.

Like it or not, we’re in motion.
Say hello to the new beat generation.

Voilà.

Je sais pas quand, ni sur quoi je vais écrire la prochaine fois. J’avais trouvé mon rythme d’écriture à raison d’un article par an. En même temps, comme je disais à ma sœur lorsqu’elle voulait avorter de notre enfant : c’est pas mon problème. Je veux pas me la jouer à la Dr Dre, te promettre la sortie du prochain opus, alors que je le sais pas moi-même. J’écrirais quand j’en aurais envie, du moins, quand j’en ressentirais le besoin.

Mais rassurez vous, comme je voulais dis plus haut, mon blog m’a aidé à panser mes plaies et guérir nombres d’entre elle.

Aujourd’hui, j’ai vaincu le vertige de la page blanche.

Si je peux donner ne serait ce qu’un dernier conseil, si vous ne trouvez pas ce que voulais lire, écrivez le.

Cette missive est destine à mon âme sœur incestueuse : c’est dingue ce qu’on peut faire à partir d’une conversation Gmail. I SEE YOU TRIICE !!!

2Fik, New Beat On The Block

Soul Music Breast fed / Hip Hop Powered / Manga Addicted / Punchline Excited. Le Schumacher de la bonne formule, et père fondateur de la New Beat Generation

7 Commentaires

  1. Les tweets qui mentionnent Vertigo « Panda RE:Flexions -- Topsy.com dit:

    [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Triice et Triice, Toufik ABDELMALEK. Toufik ABDELMALEK a dit: @Triice C'est dingue ce qu'une conversation sur Gmail peut engendrer... http://www.toufik.fr/blog/?p=374 [...]

    Répondre
  2. Triice dit:

    Ca fait plaisir de voir ce que tu peux sortir quand tu ouvres les deux yeux sur la feuille! Joli Post!

    Répondre
  3. Lynn dit:

    Beau. J'adhère.

    Répondre
  4. Ledock dit:

    Au commencement était le verbe... puis vint Toufik. C'batard nous l'a fracassé contre le mur et émietté en petits morceaux pour nous en faire des délices de punchlines et de vérités sales.

    J'ai bien aimé l'ancien article, plein de bon mots, complètement barré et vide (comme moi )

    J'ai préféré celui-ci, c'est pas qu'il est beau. C'est pas qu'il est gentil. C'est qu'il sonne juste.

    " l’Education nationale est à la culture ce qu’est le maréchal Pétain à la France : on sait, mais on ne dit rien. "

    Pour paraphraser "l'abécédaire du son" :

    Comment se remettre d'une telle phrase ?

    Répondre
  5. Klara dit:

    j'aime beaucoup ton esprit d'analyse... c'est très pertinent ...

    Répondre
  6. Khadra dit:

    LOL ….LOL ...Je reviens à la charge car c'est mon articles préféré. tu dis ceci :
    « c’est la propension des choses capables de m’émoustiller à se raréfier » et « notre société nous a rendu des consommateurs boulimiques, et cette appétence à dépassé aujourd'hui les limites de l'artefact, pour venir envahir nos sentiments et relations interpersonnelles »
    Nous en sommes tous là mon ami ! c'est bien le malheur ! c'est ce qui a largement contribué a faire de nous des « vagabonds urbain » que nous sommes. (ref à PaTriice).

    Répondre
  7. Sabrina dit:

    C'est mon triptyque préféré. Je sais d'ou me vient cette appréhension et cette admiration. Par contre faut arrêter de s'approprier les choses , " MON blog, les merveilles de mon MON monde" TON monde?? je suis excédée par ce comportement nombriliste , je vais appeler professeur carboni.

    Répondre

Commenter via les Beaterz

Commenter via Facebook