N’en garde que le meilleur

A toi, ma fille [RE:Mix]

Mon cœur,

A l’heure où j’écris ces lignes, une moitié de toi est sûrement encore dans le ventre de maman, ou en train de faire du rodéo sur un Tampax. L’autre mie quant à elle, doit être bien engoncée derrière le rideau fripé de mes bourses, ou alors en pleine léthargie sur une commissure de lèvres.

N’en est-il pas moins qu’à de 30 ans révolus aujourd’hui,  les basses de la playlist qui résonnent dans ma tête, risquent d’être étouffées par le tic-tac assourdissant de l’horloge biologique de ta mère dans un avenir proche.

Du coup, comme Tonton Triice l’a fait pour ta cousine, bah je vais essayer de retranscrire à travers un fichier texte ce que je n’ai jamais été fichu de te dire lorsque tu étais éveillée.  Ce genre de paroles que tu n’auras peut être jamais entendues, ou dont tu ne te souviendras pas, car trop bien blottie dans mes bras à laisser libre cours à tes propres rêves, sans avoir à écouter ceux que j’ai pour toi.

En tout cas, je voulais que tu saches que j’ai essayé de t’apprendre tout ce qui est bon pour toi, et pas forcément les domaines où j’excelle. A l’inverse de tes oncles, ton père est noir à l’intérieur.

J’ai jamais vraiment su comment on devenait père, mis à part l’apparition de deux traits sur un bâtonnet fleurant bon l’urine et les larmes. Quand t’es un mec, on t’apprend plutôt à ne pas le devenir,  surtout pas trop tôt, et que le latex est ton meilleur ami. Du coup sont transmises de génération en génération des techniques ancestrales, comme le calcul à partir des astres, apprendre à compter jusqu’à 28, dompter sa peur du sang, et savoir se retirer avec tact avant que la fête soit terminée.

Il y’a des choses dans la vie qui ne s’apprennent pas dans les bouquins, comme l’algèbre, ou le sens de l’absurde. Le peuple arabe ayant offert à l’humanité ses plus grands mathématiciens et la preuve que le ridicule ne tue pas en créant le Maghreb, je pense être assez aguerri dans l’autodidaxie.

Faut savoir qu’à la base, un garçon, c’est bête. Et que comme une serviette périodique, papa n’échappe pas à la règle.

Ouaiiiis bon, je dois te l’avouer, j’ai essayé de t’appréhender au début comme un chef de projet, avec des objectifs à atteindre et des indicateurs de mesures quantifiables : mon plan d’action s’est donc orienté autour de quatre grands axes

  1. Faire de toi une personne bien
  2. Te rendre la plus belle possible / La moins dégueulasse au mieux
  3. Essayer de te garder le plus longtemps possible loin du trottoir.
  4. T’apprendre le sens de la vanne.

Le dernier point est celui qui m’inquiétait le moins, ton ADN étant composé à 50% de carambar, et ton père et ta mère faisant passer les auteurs pour sitcom pour des chroniqueurs nécrologiques.

Par contre, si tu avais été laide, je l’aurai super-mal vécu, je te cache pas. Mais comme te l’a dit papa quand les copines de mamans passent à la maison, « une frange, des grosses lunettes et un rouge à lèvre rouge biatch te transforme un goret en deuxième Dauphine de Miss France ».

Mais bon, j’connais pas beaucoup de parents qui rêvent de se targuer d’un tapin en guise de progéniture avec un vortex à la place des trompes de Fallope, à part les parents de tata la diva bien évidement.

Du coup, contrairement à tonton Triice, si un jour tu comptes t’habiller comme les « dames avec la boule dans la gorge qui indiquent leur chemin aux voitures pendant 10 minutes devant la forêt», il n’y aura aucune diplomatie ni loi martiale à appliquer.  Je t’aiderais plutôt à te familiariser avec la technique parentale du shoryuken dont l’efficacité a fait ses preuves à travers les siècles, et t’apprendre par la même occasion la qualité à avoir si tu veux arrêter l’école: savoir encaisser.

Le point qui me préoccupe le plus en fait, est de faire avec toi ce que mes parents pensent avoir fait de moi, et de nous leurs enfants : des personnes respectables. Et leur prouver qu’à travers toi ils ont réussi.

Saches que dans le monde il n’y a que deux choses qui soient soit tout blanc, soit tout noir : les touches de piano, et les dents des fumeurs. Le monde n’est qu’un panache de couleurs aux milliards de nuances, parfois recouvert de tartre. Et je t’aurai appris que le monde étant régi par les lois de la physique, rien n’est une question de point de vue, mais tout est une question de référentiel. On parle de point de vue d’une personne comme étant un postulat figé face à une situation. Hors ce dernier peut varier d’une date, d’un lieu, et d’un contexte à un autre.

Alors n’accepte jamais que quelqu’un te dise quoi penser, même nous, tes parents. Je ne peux que t’apprendre les codes de la bien séance, et à slalomer sans encombre à travers les merdes sur cette piste noire qu’est la vie. Ta réflexion et tes idées t’appartiennent, et personne ne peux les engendrer à ta place. Comme ce qui nous lie.

Lis, écris, lis encore, nourris toi de l’avis des autres, fais le tri, prends ce qui te parait le plus sensé. Ne pense jamais que ton avis demeurera le même, seuls les eunuques sont inébranlables. Reste ouverte aux autres, mais en serrant les cuisses. Deviens la personne à qui on ira demander conseil car elle ne souhaite pas en donner. Celle qui guidera les gens vers leur propre vérité sans pour après en porter le blâme des conséquences. Ne sois pas un modèle, deviens exemplaire.

Tu comprends mon amour ?

Ce que je veux te faire entendre, c’est que quoi qu’il arrive, si tu penses que ce que tu fais est juste, et que ton intention est dédiée au bien d’autrui, que ce soit maintenant ou à long terme bah… fais le.

Tu le regretteras… peut être.

Tu en souffriras… sûrement.

Tu y gagneras… systématiquement.

Le gain, mon enfant, n’est pas forcément quelque chose de bénin, contrairement au pays d'origine de tonton Lionel. Le gain, c’est d’avoir quelque chose qui pourra t’être salutaire par la suite ; tes choix, tes décisions, leurs conséquences,… tout cela seront les annotations de bas de page du livre de ta vie, dont je ne suis hélas que l’auteur de la préface : contrairement à Bernard Pivot, je n’ai rien à te dicter.

Je n’ai jamais voulu te remplir le cerveau de théories, mais t’apprendre à formuler tes théorèmes. Les erreurs, les succès, les actes et leurs répercutions, cette nébuleuse d'événements sans corrélation, sont entre tes mains : à toi de les relier entre eux avec ta ligne de vie, afin de donner du sens à cette dernière.

L’expérience, ma chérie. C’est l’essence même de ton existence. La racine même de mon rôle de père.

Alors tout ragaillardi à l’idée de produire un hybride entre la poupée Chucky et un numéro de Vogue, je me voyais déjà ramener mon PC pour te montrer le PowerPoint avec les points énumérés ci-dessus, lors d’une réunion de pilotage à H+8 de ta naissance, et projeté entre deux couveuses.

Ce jour-là aura été la première rencontre avec l’un des plus gros défaut de papa : j’aurai oublié le pc et le reste du monde quand ta mère m’a envoyé une photo d’elle-même, faisant la duck face et perdant les eaux avec comme hashtag : #jugezpas..pa.

Mais je m’en foutais.

Je me suis précipité vers la salle de délivrance, pour être au côté de ta mère, je ne voulais pas rater ta première minute parmi nous, ni que les premiers visages que tu visses ne soient seulement ceux d’antillaises: tu auras tout le temps de rencontrer tes oncles et tes tantes.

Puis. Le silence.
Un cri.
Un doute.
Un pet (une femme se relâche complètement pendant un accouchement.)

-          « C’est une fille ! » s’exclama la sage-femme

-          « Vous me rassurez, j’avais encore quelque doute malgré le cordon ombilical qui sortait de son vagin »

-           tchippp… »

Ta première leçon l’humour : savoir s’adapter à son public.

Le soulagement et le bonheur sur le visage de ta mère n’avait provoqué que l’étonnement en moi. Pourquoi n’arrivais je pas à être aussi heureux qu’elle en te voyant, moi qui t’avais attendue si longtemps, moi qui avais fait un diagramme de GANTT de ton enfance à ton adolescence, moi qui, je le pensais alors, t’aimais déjà.

Tu es restée un long moment sur ta mère extenuée, moite, mais nageant en plein bonheur et placenta, comme la nuit où on t'a conçue. Moi, j’attendais. Debout. L’air un peu circonspect comme dans la file d’attente au théâtre : c’était long, et je ne savais pas du tout si ce que j’allais voir aller me plaire, pourtant j’étais content d’être là.

« Vous voulez la prendre dans vos bras ? »

Merde, c’est quoi ce truc : ça ressemble à mon testicule gauche, mais qui sent moins bon et avec plus de poils. Et toujours rien. Pas de joie… pas de tristesse non plus. L’encéphalogramme plat... comme celui du bébé du mec qui pleurait dans la salles d'attente.

« Euh ? Merde ça sert fort c’est quoi ? C’est comme si je doigtais une vierge, le sang en moins. »

Tu avais saisi mon index avec ta main minuscule.
Comment une aussi petite chose pouvait avoir autant de force… Comment ce…

Pour te décrire ce qui s’est passé dans ma tête, imagine un concerto de l’hymne à la joie qui commence subitement au troisième mouvement dans un cimetière. Mes yeux étaient devenus des femmes fontaines, et on a dû m’injecter du décontractant musculaire dans les joues parce que je n’ai pas arrêté de sourire pendant 3 jours. Ça commençait à faire peur aux enfants dans la rue.

Tu ne voulais plus le lâcher. Je t'ai alors fait ineffable promesse de ne jamais t'abandonner.

A l’heure où j’écris ces mots, il est impossible de savoir à quoi tu vas ressembler, mais il est une chose dont je suis sûr, c’est que malgré tous les traits qui nous relieront, c’est ta mère que je vois en te regardant. Toutes tes mimiques, ton sourire, ta manière de te serrer contre moi, ton parfum, ton rire, il n’y a rien chez toi qui ne provoque en moi une tachycardie capiteuse.

Au-delà de ta mère, c’est aussi l’amour que j’ai, que j’ai eu, et que j’aurai pour elle qui se manifestera sous la forme d’une petite tête châtain, le visage recouvert de miel, et le carnet de correspondance remplie de mots de la maîtresse pour bavardages.  A travers ces lignes, c’est ton visage que tu lis, que je ne décris pas non, mais que j’écris tout simplement.

Écrire ton visage, c’est me rappeler qu’un jour j’ai décidé de dissoudre le Curia Regis de mon adulescence pour établir une patriarchie absolue, et d’ajouter une femme de ma vie à la liste. Au-delà d’une simple démarche matriarcale et sociétale, c’est le désir, l’impatience de te voir et de te serrer contre moi qui ont eu raison de mon célibat et de mon compte en banque.

Un jour tu m’as demandé comment on faisait les bébés.

La réponse aujourd’hui c’est que pour faire un bébé il faut de l’amour, de l’argent, et les orgasmes de maman.  Tu sais c’est quoi un orgasme ? Tu te souviens la fois ou papa est venu dans ta chambre et qu’il t’a baissé ta cullo… « aaaaaaaahhh mais arrête papaaaaaaaaaaaaaa t’es chiant».

J’imagine déjà le sourire dégoutté sous tes pommettes, et le froncement de tes sourcils sur tes yeux bridées.. Tu tiens ça de ma sœur.

Nan, c’est faux bien évidement. Tu connais ton père, comme toi j’ai du mal à être sérieux quand la discussion le devient.

Ce que j’aurais dû te dire, c’est que nous sommes des êtres humains et mortels, avec pour  limites  la chaire et le temps. Et quoi qu’on en dise, ces limites ne peuvent être dépassées.

A un moment dans la vie, l’amour que ton papa et ta maman avaient l’un pour l’autre était tellement fort, que leur corps ne pouvait plus le contenir. Comme souffler dans un ballon au bord de l’explosion. Mais on ne pouvait, ni ne voulait se débarrasser ou encore réduire ce trop-plein d’amour… alors on l’a fusionné et ça a donné... Toi. La symbiose de notre amour, celui qu’on ne pouvait contenir, et qui perdurera (je l’espère) au-delà de nos deux existences.

Par contre, ce n’est pas forcément applicable aux enfants des copines de maman, qui eux sont nés d’un surplus d’alcool, d’une explosion de latex, ou encore d’une roulette russe vaginale.

Faut pas déconner non plus.

Au fait, t’as vu les photos de Papa quand il était jeune ? Il était grand... et fort ! Tout le monde disait que rien ne pouvait l’atteindre, qu’il n’avait peur de rien.

C’est pas faux. Pas complétement en tout cas.

Je n’ai peur effectivement de pas grand choses, mais de peu de choses plutôt grandes.

Depuis quelque temps papa a développé une certaine phobie. Saches petit cœur, que parfois certaines choses qui ne nous faisaient pas peur auparavant, peuvent devenir nos pires frayeurs du jour au lendemain. Un jour, tu te mets à voir les choses à travers le prisme du traumatisme, et ta vision de la vie passe du télescope à la cataracte.

Ce que je redoute, c’est qu’au moment où tu lis ce message, ta maman et moi ne dormions plus dans la même chambre. Mon rêve en tant que père, c’est de t’offrir tout ce que je n’ai pas eu la chance d’avoir quand j’étais petit. Heureusement pour moi, j’ai été un enfant extrêmement gâté et comblé, je n’ai jamais manqué de rien, que ce soit en matériel ou en amour que j’ai reçu.

Pourtant, ton père, malgré toutes les bêtises qu’il est capable de sortir, reste un grand sentimental, aussi fragile que la discographie de Drake. Papa a 30 ans, et depuis 29 ans, il n’a jamais eu l’occasion de voir réuni Papy et Mamie, à part couché sur papier glacé.

J’ai dû merder quelque part.

J’ai forcément merdé.

Si c’est le cas, je ne veux surtout pas que tu penses que tous les hommes sont comme ton père, ou que ton père soit comme tous les hommes.

Parce qu’un jour, tu vas rencontrer un garçon, puis un autre, et encore un, et p… STOP. Si les autres garçons te voient aussi belle que je t’imagine, avec en surcouche leur libido hypertrophiée, je me suis déjà préparé psychologiquement à me promener à ton bras dans la rue, et avoir l’impression de protéger un poulet en Afrique.

Je suis pas complètement idiot. A l’époque où j’écris ces mots, la génération qui va te précéder est déjà en train d’organiser des parties fines dans toutes les maternelles à travers la France. Les nourrissions s’entraînent d’ores et déjà à rouler des pelles avec leur tétine, et les accouchements prennent plus de temps parce qu'à peine la tête sortie,  les nouveaux nés s’exercent au cunnilingus sur leur mère pendant l’accouchement.

Je me suis déjà résolu à l’idée que tu ne resteras pas vierge avant le mariage. Ça veut pas non plus dire que je vais te filer ton argent de poche pour des sexes toys… t’as qu’à te servir dans le deuxième tiroir du haut dans la commode de ta mère. Je ne vais pas m'étaler sur le sujet, malgré les horreurs et mon humour borderline, ma pudeur m'en empêche. Néanmoins, s'il y a une chose que je puisse te dire, c'est que le sexe est une étape, pas une finalité.

Mon vœu le plus cher est que tu trouves un homme qui t’aime au moins la moitié de ce que je peux t’aimer, qui puisse continuer à te protéger et à te rendre heureuse de la manière dont je suis incapable. Même s’il fait de toi une reine, rappel lui que tu restes ma princesse.

Mon vœu le plus cher est que tu trouves une femme qui t’aime qui t’aime au moins la moitié de ce que je peux t’aimer, au point de te faire oublier les railleries et le regard inquisiteur des autres sur vous. L’amour n’a pas de sexe, et le bonheur encore moins.

Quelle que soit la personne qui arrivera à te rendre heureuse, je l’accepterai. Car le véritable amour, c’est être heureux du bonheur de l’autre. Je l’accepterai. Je saurai l’accepter. Du moins j’essaierai.

Alors promets-moi une chose, ne te souvenir que des plus beaux instants que tu as pu voir de tes parents : notre complicité qui rend envieux, nos éclats de rires  en se poursuivant comme des gamins dans la maison, les câlins à trois dans le lit le dimanche matin quand tu venais nous réveiller, les regards que j’envoyais à ta mère à travers la pièce sans avoir à lui dire que…enfin tu sais ; le fait que malgré toutes ces années, je rentrais le soir et je retombais amoureux de cette femme, de nous, et de la famille qu’elle m’a offerte.

Promets-moi de ne jamais faire subir à l’autre ou à toi-même ce que tu as pu voir ou comprendre d’une histoire d’amour. La nôtre. Les tiennes. Celle des autres. Il ou elle ne le mérite pas (pour le moment).

Il est hors de question qu'après avoir profité tant d'années de filles avec des daddy issues, que la mienne en devienne une !

L’amour que j’ai pu avoir pour ta mère subsiste toujours, c’est celui qui t’as donné vie et qui fait battre ton cœur aujourd’hui. Tu es le symbole de la passion et la sincérité de notre couple, ne l’oublie jamais : tu es notre réussite.

Il y’a aussi des chances aussi que je ne sois plus là pour t’envoyer le lien de cet article par mail.

Oui bon, y’a un truc qu’il faut que je te dise aussi. La vie ça ressemble pas forcément à un compte de fée, ni à un pot de confiture de merde dont il faut manger une tartine tous les matins. Tu apprendras très vite que la perte est un sprinter jamaïcain, et la vie est un dictateur impitoyable,  dénué de logique et capable de t'arracher ce que tu as de plus a de plus cher au monde, en te laissant dans l'abasourdissement le plus absolu. Je ne sais pas ce que me réserve la vie, ni pour toi, je ne peux pas le prévoir, ni t’aider à développer ce don: je ne suis pas Charles Xavier. Tout ce que je peux t’aider à faire, c’est d’apprendre à relativiser et à anticiper les blessures que le destin va t’infliger. Une sorte de kit de premiers secours du cœur si tu veux. Si tu ne sais pas faire, prends exemple sur ta famille. De sang ou de cœur, qu’importe. Car il faudra que tu apprennes à apprécier l’amertume de la vie pour en savourer aussi la douceur. Ce sont les cauchemars qui embellissent les rêves et rendent la réalité plus douce.

Quoiqu’il en soit, ta mère te montrera peut-être cette lettre, histoire de dire que ton père n’était pas complètement un enculé de première... ou pour parce que c’est encore trop dur de te parler de moi.

Ou alors tu le découvriras par toi-même sur le net, au détour d’une recherche Google hasardeuse : quelques mots clés bien sentis, un estomac bien accroché et un sens du recul digne du meilleur Moon-Walk de Michael Jackson te feront découvrir une autre facette de ton père, que tu pensais pourtant calme et réfléchi, mais qui vraisemblablement n'arrivait pas à se décider entre être un comique raté ou un sociopathe.

Tu te rendras alors compte que ton sens du bon mot et ton amour des lettres ne viennent pas seulement de ta mère ou de la biographie de Patrice Laffont.  Tes bouclettes brunes et ta pilosité incompréhensible ne sont heureusement le seul lègue que ton vieux père t’aies faits.

N’oublies jamais que tu fais partie désormais d’une meute de lionnes, des lionnes qui ont un quart de ton sang, mais dont tu as d’ores et déjà l’entièreté de leur amour au moment où j’écris ces lignes.
Sache que comme pour ton père, elles sauront combler l’absence de ma figure. Du moins elles essaieront.

Alors je te demande de ne pas trop leur en vouloir lorsqu’elles te prendront la tête parce que tu n’as pas répondu à 1 des 10 appels par jour. Comprends-les, si elles te perdent, c’est la dernière partie de moi sur cette terre qui s’en ira avec toi.  La dernière partie de ta grand-mère également. Mais tu verras, avec le temps on s’y habitue, et on se laisse enveloppé par cette chaleur lénifiante, comme plonger dans un bain chaud.

Quoiqu’il arrive, tu ne seras jamais seule.

Il y’aura toujours une bande de macaques prêt à veiller à ce qu’il ne t’arrive rien et faire en sorte que tu oublies tes soucis quotidiens, et atténuer un peu mon absence, car ils sont chacun d’entre eux une partie de moi. A cause d’eux, tu risques d’être troublée lorsque tu compareras ta famille à celle des autres: la famille n’est pas forcément une question de sang, de couleur, et d’origine, mais avant tout une histoire d’amour et de clan. Le sang est plus épais que l’eau, mais le sperme est plus épais que le sang.

La religion, c’est le respect des autres et l’amour des siens. Tu seras riche ma fille: tu as la chance d’avoir des oncles musulmans, juifs, chrétiens, bouddhistes, et philatélistes, prends le meilleur de chaque philosophie, de toute manière, ils n’auront que le meilleur à t’offrir. Avec le temps, ces gens auront su cultiver leur sagesse, qu’ils savaient dissimuler derrière des vannes et des verres d’alcool. De la confusion à Confucius, il n'y qu'un shot.

Mais bon. Je suis serein. Je te laisse derrière moi mon meilleur atout : Sami. Il sera ton oncle, ton frère, ton cousin, ton meilleur pote, ton confident, ton conseiller, ton clown… Lorsque je le vois aujourd’hui, j’ai l’esprit apaisé, et je sais qu’il sera un excellent ange gardien. Tu sais, je l’ai quasiment élevé depuis qu’il est bébé, et j’ai réussi une partie de mon projet avec lui : lui donner le meilleur de ce que j’avais qui est au final peu de chose par rapport au meilleur dont il dispose déjà. Il est capable de t’offrir au centuple ce que tu lui donne comme amour, et je n’ai aucun doute qu’il saura mieux qu’un père pour toi, comme son père l’a été pour moi quand j’avais son âge.

Tu vois, avant même d’être née tu es déjà aimée et en sécurité.

Alors ne deviens pas un verre percé comme moi. Ma famille, mes amis, et les femmes que j'ai connus m'ont donner énormément d'amour, plus qu'on ne puisse espérer dans une vie, et je suis conscient de la chance que j'ai.  Mais pourtant, les événements de la vie ont fait de petits trous dans le fond, qui font que malgré tout, ce verre a tendance à ne jamais être complètement rempli, et moi jamais entièrement comblé car il était trop tard pour m'en apercevoir.

Enfin…

Regarde-moi, tout juste trentenaire et je radote déjà. Il y’a tellement de choses que j’aimerais encore te dire à travers cette missive. Ces choses qui seront sûrement oubliés parce que papa est tête en l’air. Ces choses qui seront indicibles car il y’en a tellement, papa pense à trop de trucs en même temps. Ces choses qui seront surement tues, parce que mise à part des blagues pour vous faire sourire toi et ta mère, papa ne se livre pas beaucoup.

Tu n’es pas encore là, mais il y’a des choses qui me manque déjà, comme lorsque tu t’amuses a me tirer le peu de cheveux qui me reste, pour passer ton doigts dans mes boucles : c’est le seul truc qui t’aide à dormir. Comme lorsque ta mère te refuse un truc, et que tu viens discrètement me demander avec ton regard le plus tendre, parce que tu sais qu’il est capable de faire fondre l’arctique d’un battement de cil. Comme quand même adulte, tu continueras à avoir les mêmes gestes avec ton vieux père, même s’il a perdu la tête et le contrôle de sa vessie.

Tu n’es pas encore là, mais j’ai besoin de toi.

Besoin de toi pour combler les trous ce verre percé que je suis.

Besoin de toi pour me prouver que j’avais tort en écrivant anti-midas.

Besoin de toi pour enfin connaitre l’amour inconditionnel.

Car à l’heure où j’écris ces lignes, je vous aime déjà.

 

Mohamed Toufik ABDELMALEK, ton père.

Soul Music Breast fed / Hip Hop Powered / Manga Addicted / Punchline Excited. Le Schumacher de la bonne formule, et père fondateur de la New Beat Generation

1 Commentaire

  1. Matou dit:

    Tu seras un père merveilleux...

    Répondre

Commenter via les Beaterz

Commenter via Facebook