Santa Parisa

Extrait du journal de bord du capitaine Duco Malteser, corsaire du Duché de Wagram, que l’on surnomme « Le Sarazin Breton » au commandement de son navire, « La galette ».

« Jour 2 : 28 Avril de l’an 16.

Les quelques jours de pluies qui avaient inauguré le début de mon expédition nous ont enfin délivré de leur joug.

Ces derniers se sont accordé une dernière facétie en nous offrant une visite surprise, alors que j'espérais accompagner le soleil dans sa couche, avant de regagner la mienne. Le passage de ces hôtes improvisés avait laissé derrière lui une traine glaciale à en maudire la promise.

Nous rappeler à notre condition de mortel, que nous ne pouvons pas tout contrôler, ni rien anticiper.
N’en est-il pas mieux ainsi ?

Ainsi mon bateau continuait à fendre les mers du quotidien, capitaine à la barre d’une embarcation que je pensais pendant si longtemps destinée à dériver au bon gré des vents de la vie. Je maintenais le cap, ne laissant ni l’espoir ou sa Némésis dessiner ma feuille de route : mon âme a été depuis bien longtemps offerte à Neptune sur l’autel des Atlantes.

Alors que j’admirais l’écume de la routine recouvrir les abysses de la monotonie, nous nous laissons « happé » par le « charme » du chant d’une sirène imperceptible. Ses litanies nous emportent, nous berce d’une voix apaisante et discrètement chantante. Pauvres soyons nous autres, nous étions déjà condamnés.

Mon bateau s’enfonce alors sous la toile d’un rideau de brume. A aucun moment nous nous sommes souciés de savoir si nous repasserions derrière à nouveau.

« Terre ! Terre ! » S’exclame le mousse au sommet du mat mon regard, qui n’avait pas connu telle exaltation depuis bien des lunes. Sans hésiter, je décide d’entreprendre toutes les manœuvres pour mettre le cap vers cette destination inconnue, mais qui me semblait étrangement déjà si familière.

Nous accostons alors le cœur enorgueilli de l’exclusivité d’une telle trouvaille, à défaut d’en avoir eu la primeur. Je laisse mes mains partir en éclaireur sur ce territoire où le paradoxe semble avoir trouvé asile, une ile déserte mais non à l’abandon. Elles se perdent volontairement dans une jungle de boucles brunes, dans l’unique but de se détacher à jamais de leurs autres devoirs, et ne plus répondre à mon commandement : mon amnistie leur est déjà accordée.

L’explorateur qui bouillonne en moi décide alors de poser également pied sur cette plage écrue, et tout de suite, je suis enchanté par le même sortilège que le reste de mon équipage déserteur.

Bordée par un océan de douceur, des vagues de tendresse et de féminité viennent se briser sur ma peau à m’en faire frémir. Subjugué par cette vue, je n’ose me mouvoir de peur d’en altérer la nature, et m’enfonce peu à peu dans les sables de cette plage de peau. Ses grains semblent être réceptifs au contact de la mienne. Cette île qui me semblait hors de portée pendant si longtemps m’accepterait elle au final ? Oserai-je y croire. Quoi qu’il advienne de mon expédition, ces instants valent chacun de mes pas, au fur et à mesure que je m’enfonce à mon tour dans la mangrove.

Capitaine, je passe irrémédiablement flibustier sur un territoire dont j’ai envie de ravir chacune des richesses, déchiré entre l’envie de le préserver mais également de le faire mien, uniquement mien. La mutinerie de mon corps est venue à bout du gentilhomme que je voulais continuer à faire paraître.

« Haut les mains, c’est un hold-up, les bras en l’air que je puisse te découvrir » murmure-je alors face à l’étendu de la beauté qui me fait face. Je n’attends aucune réponse, ni aucune réaction. Juste la satisfaction d'avoir délesté de sa camisole le brigand des hautes mers qui sommeillait en moi.

Alors que nous étions déjà à des milliers de kilomètres de la méditerranée, nous nous retrouvons transportés par l'improbable parfum d’un verger de basilic. J’avais fait fausse route, le paradoxe et l’oxymore ne sont pas les habitants de cette ile. L’audace et la découverte en étaient les véritables hôtes.

Mon chemin se dessine peu à peu sur le patron laissé par mes doigts sur la carte, allant à la rencontre de mon destin, parsemé grains de beauté, cette dernière étant tellement prépondérante qu’il faudrait parler d’arbre de cacaoyer. Je décide alors de passer la nuit sur cette plage, où le sable est tellement fin qu’il fait passer les plus belles étoffes d’orient pour d’âpres toiles de jutes.

Le temps me manque. Les moyens que j’avais perdus à la vue de cette ile paradisiaque également.

Tellement de choses à voir encore, tellement de recoins à conquérir, à découvrir, à me découvrir à travers la réflexion dans les lagons de son regard, et me baigner dans les rivières de son Histoire avec un grand H et un grand cœur. Explorer les gorges entre le creux de ses deux pics, m’aventurer sur le flanc de ses collines et peut être y établir un campement de fortune. Je pense qu’il me sera aisé d’y embraser un feu.

Un trésor caché dans un océan de morosité, une ile préservée et réservée, la chaleur d’un cœur tropical et la luxuriance de ses qualités m’ont conquis.

Un dernier regard lancé ponctué d’un sourire serein et envouté : Santa Parisa, je reviendrai.

 

Jour 3 :

30 Mai de l’an 16.

Alors que j’étais à quai préparant vivres et feuille de route pour ma prochaine expédition, la Reine m’informe que … (à suivre)

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